mardi 19 août 2008

S'il devait y avoir une descritpion, ce serait celle là.

Vous savez, elle à une vingtaine d'années derrière elle, trop pour rester naïve; du vécu parfois tragique parfois heureux quand elle ose l'admettre, des souvenirs constants, des fantômes accrochés à ses chevilles qui ne la lâchent pas (on est le boulet d'un autre); et pas assez pour être avachie sous le poids des années, des souvenirs trop lourds et des histoires encombrantes et ne plus se lever... tous les jours à la même heure, au même endroit. A croire même que son horloge biologique est un réveil. Mais tout y défile à l'envers, le temps s'accumule en faisant croire au plus ignorant qu'il s'en va, qu'on ne le rattraperait pas. Son corps est un paysage en forme de champ de bataille. Sa peau est composée de salpètre, souffre et charbon de bois. Ses veines sont une mèche. Elle n'exploserait pas cette bombe. Un feu d'artifice ou un pétard bison 5 tout au plus. Trop d'air et trop d'eau : elle n'exploserait pas, cette bombe. Elle y avait tant rêvé, à ces dommages collatéraux qui ne seraient que pâles substituts à la chaleur humaine et au contact humain. Une élévation au rang de caricature.
Et puis, elle est revenue à la charge… explosive. Cette hantise de Soma la conduira à l'explosif, à être vraiment à force de se ronger et de vouloir, cette Bombe humaine tant convoitée. Son cœur en minuteur, son cerveau en détonateur. Des yeux qui se transformeraient en détecteurs de mouvements. Elle, toujours à l'affût du moindre changement de comportement, se servira de ses yeux au maximum de leur capacité. Analyser. Et son cerveau en détonateur. Ses veines ne sont plus des mèches mais des câblages et des fils conducteurs reliés jusqu'à sa minuterie aortique. Son cœur se reflète en cadrant digital.

Sa vie est une blague de mauvais goût. C'était prévisible au premier coup d'œil, dès les premières images de la bande annonce : tout y était confus. Le principal protagoniste dément son implication, ne veut pas de projecteurs braqués sur son visage trop clair pour paraître celui d'un être humain [i]ordinaire[/i] puisque "même les fantômes et les morts paraissent plus vivants". Les autres acteurs ont déserté le tournage et le budget dérisoire. L'histoire est bancale, il n'y en a même pas puisque dans celles prometteuses il y a un début et une fin. Son histoire n'est pas finie mais n'a jamais débuté par "il était une fois". Même sa naissance n'a été ni sacrée ni sordide. Et son cœur en médiocrité. A croire que rien ne l'anime vraiment. C'est l'attente du bousculement, organique ou biologique. Quelque chose qui s'effondre, qui la noie. Mais quelque chose de vivant. Et son cerveau en détonateur.
Une arrivée un peu brouillonne, des souvenirs aléatoires pour cette mère qui lui donna naissance. Une chose est sûre, lui dit-elle un soir de déconvenue c'est que si elle ne l'avait désirée, elle ne la regrettait cependant pas. Les frasques d'une jeune mariée délurée et d'un intello qui se donnait l'allure sûre et un charisme dont il n'était probablement pas digne. Une nuit alcoolisée. A la prendre par tous les trous, il a fini par la mettre enceinte. En une seule nuit. Peut être la seule d'ailleurs, les parents n'étant pas du genre à afficher leur amour, au point qu'elle ne soit pas capable de dire si elle les a déjà vu avoir l'un pour l'autre une quelconque marque d'affection, excepté les sacro-saints cadeaux d'anniversaire et de Noël. Rien dans leur attitude ne lui laissait suggérer qu'il y avait un couple. Et pourtant la rupture fut brutale. Mais [i]aucun dommages collatéraux [/i].
Rien ne la bouscula jamais, rien n'eu d'impact. Peut être parce qu'elle-même n'y croyait pas à ce couple de pacotilles.
Et puis, comme il ne faut jamais parler trop vite, elle se réveilla, dans l'ordre déchronologie, lorsque la sœur aînée fut transfigurée. Sa soeur s'est plantée devant elle, du jour au lendemain. Son visage était le lieu d'une confrontation temporelle. Le passé avait été froissé par le présent. Elle était désormais marquée du sceau du destin, de la catastrophe qui subitement s'est ancrée dans sa chair. La plus jeune restait à contempler ce qui faisait de son aînée une exception et qui rabaissait la fillette aux yeux de tous à la laideur. Elle était devenue mystère, fragilité, avec un visage qu'elle voudrait masquer, mais qui s'est édifié en mythe intouchable. Elle a dans ses yeux la souffrance d'un vécu et sur son corps les conséquences indélébiles. Quoi de plus beau, pour ses onze ans, que cet être modèle devenu paradoxe? Rien dans ses yeux ne pouvait, ni ne devait plus, dévoiler une souffrance puisque ses mots sont devenus muets face à tant de splendeur. Ses maux se sont heurtés à un mur de silence déjà fissuré qu'était cette môme de treize ans. Tout autour d'elle est devenu sourd, aveugle et muet. Chacun s'est imprégné de son silence ne voulant point la blesser. C'est toujours en silence qu'on admire les poupées. Un mythe. Pour tous, elle était devenue un mythe et sa transfiguration, un message subliminal. Tout le monde l'a vu, mais personne n'ose en parler. On se tait et on regarde. La peau froissée, déchirée, raccommodée par endroit donnait de la vie à cette poupée de chair et une profondeur que nul n'aurait soupçonnée. Tous en ont pleuré, de la voir ainsi exposée devant leurs yeux. La cadette a été en une fraction de seconde réduite à néant dans un silence qui lui était étranger. Ce silence est devenu, jour après jour, un lot quotidien, un compagnon surgissant dès qu'elle arrivait.Assimilons à Méduse ses effets. Personne ne la regardait dans les yeux et si certains parlaient de hideur, la fillette était au contraire persuadée qu'il s'agissait là d'une beauté intimidante qui transformerait les plus naïfs en statues de pierre.

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