samedi 26 janvier 2008

Ti(t)re

J'ai mal mais c'est pas grave.

dimanche 20 janvier 2008

Il y a des soirs comme ça.

Et doucement je lui dis: "Tu es beau comme mon camion"

Il répondit au creux de mon oreille "Tu es le plus beau des camionneurs".

Machine Hors Service

On pense à quoi dans ces moments ? La tête contre le sol, la langue qui pend à en lécher le goudron et la salive qui ruisselle. Elle court, coule le long des lèvres entre ouvertes. Pas un son, pas un seul mot ne semble pouvoir se formuler entre elles et tout s’enlise dans la bave. Je ne suis plus qu’un amas gluant de liquide transparent. Je me noie dans l’immobilité et je ne sens que mes yeux, cherchant une échappatoire, qui roulent dans leurs orbites.

Il faut continuer de respirer mais le sang ronge ma gorge et s’immisce entre les fissures des dites lèvres décharnées. Je ne suis qu’un état végétal qui revendique sa nature. Biodégradation avancée. Je pensais sentir mon âme s’élever doucement, me rendant l’image qui me terrifie comme un miroir. Je suis un légume à terre et je rêve d’aspirer la salive qui continue de couler, couler contre mon gré, et je veux déglutir. C’est tout, juste avaler l’excédant pour paraître digne, je ne veux même pas me relever. Le sol est chaud, humidifié de mon excrétion buccale. Une température ambiante des plus désagréable. Et pourtant, je ne veux pas me relever. Je ferme les yeux, le sang ne jaillira plus et j’espère crever là, à l’abri des regards et, au mieux, être fouillé et racketté afin que nul ne reconnaisse mon identité. J’ai envie de garder ma dignité sous les coups d’un cutter ravageur. Le sang coulera et la bave s’étendra une fois pour toute, par les plaies qui me donneront l’air de sourire, et j’aurais l’air d’un pantin qui embrasse le sol et je m’en moque, je ne serai plus, je ne serai plus moi, je ne serai qu’un corps, et il n’y en aura plus. Je serai une exhibition liquide. Ma dégradation exposé dans un musée des horreurs urbain. Personne ne me reconnaîtra. Personne ne me reconnaîtra. Personne ne me reconnaîtra.

L’étape suivante et d’attendre. Nul besoin de crier, personne n’est là, personne ne viendra. Ta mort relève d’un film raté que personne ne regardera jamais. On posera ta carcasse de poussière sur le coin de la cheminée pour un rappel et un raccord des plus harmonieux. Et on t’oubliera mais en attendant, reviens et profite, ne divague pas, ouvre les yeux et attends le spectacle et l’arrivée des urgences ou de la faucheuse, que sais je ! Tu n’as que ça à faire. Oui, je n’ai que ça à faire, alors j’attends, émettant un râle. Du moins, j’essaie d’aspirer encore et toujours mais rien ne remonte à mes lèvres, ce qui justifie ce bruit dégueulasse.

Je ne suis plus rien, je ne me demande même pas si j'ai été quelqu'un jusque là. Le passé ne pourrait que me rabaisser et je m'écoeure déjà suffisamment. Je ne me demande même pas ce qui s'est passé mais je voudrais seulement arrêter de baver.

Putain mais qu'est-ce qui se passe? Pourquoi je n’arrive plus à bouger? Mais putain, je m'en branle de ça! Je veux seulement sentir le temps remonter pour que ma salive se retrouve dans la bouche et non sur le sol, à me noyer. Putain mais bouge ta langue! Bouge ta mâchoire et aspire! Mais putain! Ma bouche est à peine ouverte alors pourquoi c'est aussi trempé autour. Mais bordel! Épongez-moi! Mais, ma parole! Vous êtes tous des crétins pour me laisser comme ça, ou ça vous excite de me voir vulnérable? Lombric! Lombric! Lombric! Écrasez moi! Ah ah! C'est ça que vous voulez? Mais si je pouvais je remuerais de tout mon long pour vous exciter d'avantage! Lombric! Lombric! Lombric! Et ça bave un lombric? Je ne vous vois pas mais je sais que vous êtes là, à rire de mon immobilité. Venez, allez approchez vous du lombric! Lombric, lombric, lombric.

Serais-je encore capable de prononcer le mot Lombric à haute voix? >>

Machine Corporelle

Réveil. C'est toujours le même refrain: se lever, se rasseoir, se relever, se rasseoir et ainsi de suite jusqu'à que ma tension daigne se stabiliser. Debout, je marche jusqu'à la cuisine, et l'autre rituel commence. Anticoagulant: ok; phosphore: ok, piqûre: ok, insuline prête: ok. Injection: ok.

Je suis prêt, je marche et descends les escaliers, toujours un pas après l'autre, je m'y suis préparé et je répète les gestes dans ma tête de peur d'oublier ce refrain qui est pourtant ancrée dans toutes les fibres de mon être. Je ne me fais pas assez confiance ou alors j'ai peur de flancher.
Aujourd'hui, c'est pas comme d'habitude, la douleur se balade le long de mon échine, et j'ai le coeur qui palpite. Et je ne trouve en rien agréable d'avoir la sensation de vivre. J'ai encore plus mal. Antidouleur, ok. Rendez vous à l'hôpital: Ok. Je gare la voiture et je me dirige avec peine jusqu'au trottoir. Tiens le coup, tu y es bientôt.
Une violente douleur dans la cage thoracique et ma première jambe flanche. Je n'ose même plus regarder autour de moi, outre le fait que j'en sois totalement incapable, j'ai trop peur de voir le regard des gens. Je me suis miroité la puissance et l'immortalité mais personne d'autres que moi n'est dupe.
Et je repense à mes enfants, alors que je suis à genoux, luttant, non pas pour me relever, mais pour ne pas m'écrouler. Elles y ont cru, elles, que je suis intouchable? Et mon corps entier veut me faire sentir l'odeur du béton mouillé. Je vais leur dire quoi? Faire tomber le mythe d'un coup, certes elles sont grandes maintenant mais il n'y a pas d'âge pour être déçu.
Je me relève. Non. Je suis debout maintenant, une main fébrile longeant le mur rugueux du bâtiment. Je me répète encore les actions machinales car mon corps ne les connaît plus. Un pied devant l'autre c'est ça. Un pied, voilà: gauche, puis le droit. Avance sans tomber.

Une violente douleur survient encore et mes muscles la ressentent avant que j'en ai conscience: je suis à terre.

Alors c'est ça? Je vais mourir? C'est ça de se lever le matin, une épée de Damocles au dessus de la tête? J'aurais fait quoi si j'avais su? J'aurais téléphoné à mes gosses? Je leur aurais dit d'une voix monocorde: « je vais bien, ne t'en fais pas »; et j'aurais menti comme je me suis menti, ce matin, comme j'ai renié depuis trop longtemps que je suis malade. Ils vont trouver quoi cette fois, à part l'évasion de ma dignité? Je n'ai même plus de dignité puisque mes lèvres veulent embrasser le sol.
Alors c'est ça? Je vais crever? Je vais crever? Je hurle vraiment ou ce n'est qu'une impression?
Je me relève pour paraître digne, je suis si proche maintenant que j'entends déjà le bruit de la médecine combattant la maladie.

Salle d'attente bondée, des enfants hurlant pour une simple éraflure. Mais je me concentre trop pour regarder les autres personnes, celles assises, celles qui viennent et repartent: tout ce petit monde actif qui vit encore. Et puis il y a moi. Le sourire de la jeune fille à l'accueil me rappelle que je joue bien mon rôle. Je n'ai pas l'air si mal. Je balbutie quelques mots dont je n'ai déjà plus le souvenir. Il faut dire que j'ai autre chose en tête comme de m'encourager à ne pas m'écrouler une fois de plus. Je lui souris presque honteusement et me retourne vers la chaise vide. Elle m'interpelle mais je ne l'atteindrai jamais. Alors, c'est ça de crever?

Silence Maladif

Tais-toi et prie. Crie en silence sans mots ni voix, crie cette haine au corps, amas de chair. Pourquoi es-tu si décharné? pourquoi courbes-tu le dos comme un arc imparfait. Redresse-toi, Os! Tu as eu donc si peur de te noyer dans tes graisses que tu te meurs de marasme? Tu vas finir par t'empaler, Os, sur tes os fragiles, Os, sur tes côtes incisives, Os. Tu es tranchant, tu es fragile, n'as-tu pas peur de te casser? Os, ne baisse pas la tête, poupée, ne baisse pas la queue, chien, ne baisse pas les bras si violemment que tu pourrais te couper. N'as tu pas peur de tuer, contre ton corps, par ton corps, l'amant blessé? J'oubliais que tu n'oses pas effleurer semblables disgrâcieux.
Mais parle je t'en prie! régurgite, Os, régurgite le langage qui t'étouffe.

Le premier article est toujours voué à être oublié.

Alors oubliez moi.