Je me suis laissé infiltrer par ce sentiment inconnu qui, telle une germe poussa au dedans autant qu'au dehors de mon corps, m'imposant au fil des jours une douleur qui n'était en rien comparable encore à sa disparation. Ses racines grimpèrent bien au delà au dessus de ses parois pour entrelacer mes organes, me faisant palpiter et elle s'octroya mon coeur comme tombeau. Je suffoquais de cette présence bien agréable qui fait oublier à tout être la signification du mot 'solitude'. Je n'étais plus seul. Je m'y habituai, un peu bêta, et la laissai vagabonder dans mon esprit comme sur une aire de jeu déserte. les tourments n'avaient plus lieu d'y séjourner puisque la plante les avaient assiégés et expulsés de son nouveau territoire. Ma seule préoccupation était cette excroissance végétale dont je crus apercevoir les quelques bourgeons sur le point d'éclore, bien blottie au creux de mon être, et ma chaleur humaine pour l'épanouir.
Si je ne vivais pas pour elle, j'avais néanmoins trouvé ce trésor qui me faisait sourire et avancer, sachant que les autres me l'enviaient certainement. C'était le mien et en gamin avare, j'en étais le gardien.“Bien ancrée, croyais-je”.
Ma plante avait ses humeurs; Les jours où sa fragilité prenait le dessus, sa tristesse faisait trembler mon corps ; sa colère déchirait de ronces mon échine et mon coeur de ses épines.
Cette phrase, que les autres prononcent à tout va, sans en comprendre un seul mot, lui manquait; des mots pour l'effleurer. Mais moi je n'avais plus que le silence, puisqu'elle me possédait tout entier.
Et puis un jour, en me réveillant, ma plante avait disparu et ne restaient sur ma peau que les plaies béantes de mon coeur en tombeau vide ; en royaume délabré, je fus déchu de l'empire que j' avais construit pour ses atours, et me retrouvai lasse avec, pour seul loisir, l'image de mon corps fraîchement abîmé ; Subitement plus rien n'eut d'importance que les traces qui me marquaient.
Elle m'a abîmé tout entier.
Je me suis promis qu'on ne m'y reprendrait plus, car ma souffrance était sienne, et qu'il n'y aurait plus de place suffisante pour une autre.
Le trou béant s'est refermé, je crois, mais j'y enfonce parfois un doigt, comme ça, juste pour voir et me remémorer le temps où j'étais habité, vivant de l'intérieur. Peut-être arriverais-je un jour à atteindre le coeur.
Quand la cicatrice menace de disparaître, je m'empresse de l'ouvrir pour ne pas oublier que malgré le temps qui passe, elle me possède tout entier.
Je regarde et je titille ce vide, qui ne veut pas partir. Il me comble.
Tout est désert. Il n'y a pas même un démon tenté et tentant pour me hanter.
Le silence est toujours là.
Les autres ne sont qu'un miroir frôlant mon corps pour imiter ses épines mais ne m'atteignent pas.
Je vais bien. Mais je m'efface. Dans les murs. Être discret pour être tout le monde. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet.
Pour contempler le soleil, je peux être seul.
Petit déjà, je ne gouvernai sur rien et n'étais, au Zénith de mon adolescence, que le bouffon du roi. Le vent ne m'intéresse pas, qu'il m'emporte s'il ose. Les foudres pour les coups, mais j'ai le corps sans cible. J'ai eu beau m'en écrire une au marqueur indélébile rouge, personne ne me vise jamais. Je gagne toujours à ce jeu là. Je ne lancerai cette flèche qu'une seule fois. En plein dans le mille. J'ai fait de ton corps un jardin, Il te suffira d'oublier, de te braquer pour que la greffe ne prenne pas. Ferme la porte. Toi aussi tu ne te laisseras plus avoir? Bienvenue dans le monde du traquenard. Je suis une fleur qui grandit, qui grandit en travers de ta gorge. Je te délaisserai à peine immiscé. Tu as la chance toi, de toujours t'en sortir indemne. Mais ne joue pas trop avec l'incandescence des graines, elles te brûleront de l'intérieur et tu auras beau crier haut et fort que tu renaîtras tel le Phoenix, figure toi que les chimères ont toujours tort. Pâle copie de l'intouchable. Trop tard, la petite germe est là.
Et le faible soleil que je suis devenu pourrait bien nourrir les arbres qui menacent de pousser au travers de vos torses. Je ne serais pas là. Je ferais semblant de; furtif, timide, transparent et fondu au papier peint.
Ils auraient dû me prévenir, mes parents, qu'aimer tue. Il faudrait coller ces étiquettes, comme sur les paquets de cigarettes, pour avertir les gens que certains meurent de tristesse, d'autres comme moi subissent la mort des sentiments.
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